« On ne juge pas un livre à sa couverture, surtout quand le pitch deck est en Comic Sans. » Voilà une maxime qu’on devrait graver à l’entrée de tout incubateur de start-up ! Car dans la grande saga des Forbes 30 Under 30, où certains espèrent transformer leur jeunesse dorée en lingots d’or, le revers de la médaille brille souvent d’une lueur bien moins reluisante.
Le dernier épisode nous emmène du côté de Wall Street, ou plus précisément sur la trajectoire de Gökçe Güven, jeune prodige turque de 26 ans et fondatrice de Kalder, la fintech new-yorkaise dont les ambitions étaient aussi élevées que… suspectes, pour reprendre les termes du Département de la Justice américain. Kalder promettait de transformer les programmes de récompense en « moteur de revenus » pour les entreprises, et avec tout le glamour d’une levée de fonds de 7 millions de dollars en avril dernier, Güven s’était taillé une réputation en or massif. Enfin, c’est ce qu’on croyait.
Invitée l’an passé à prendre la pose sur la célèbre liste des jeunes entrepreneurs visionnaires de Forbes, Güven faisait briller son carnet d’adresses : Godiva, l’IATA, une brochette de capital-risqueurs… Bref, un beau monde, mais qui, d’après les procureurs américains, aurait surtout relevé du mirage. Car derrière les chiffres de croissance fulgurante, les tableaux Excel revisitée façon fiction, et les logos de grandes marques agrafés dans le pitch deck, se cachait une réalité bien plus modeste : des pilotes quasi gratuits, des clients jamais signés, et même des sociétés qui n’avaient « aucun lien avec Kalder, même pas pour des services gratuits ».
La start-up nation, c’est parfois surtout la start-up fiction.
L’accusation va plus loin : Gökçe Güven aurait orchestré une version économique du double Je, tenant deux comptabilités parallèles, dont l’une spécialement gonflée pour séduire investisseurs et jurys d’appel à projet. Sans oublier, tant qu’on y est, de fausses déclarations pour décrocher un visa O-1 réservé aux talents d’« extraordinaire capacité ». Eh oui, on se demande si l’extraordinaire n’était pas plutôt dans l’imagination !
Évidemment, dans ce feuilleton digne d’un mélange entre Silicon Valley et Ocean’s Eleven, Güven n’a pas encore rendu les armes. Contactée, elle promet une déclaration pour mardi. Peut-être un plot twist de dernière minute ?
Et pour les business angels et jurés de concours qui pensent avoir trouvé la perle rare après une jolie slide Powerpoint, un petit conseil : vérifiez si la perle n’est pas en toc avant de plonger. Des fois, derrière un pitch parfait, il y a plus d’arnaque que d’avenir unicornesque…
N’oubliez jamais : dans la fintech, la seule récompense garantie, c’est de bien relire les petits caractères. Sinon, on risque de finir plus bas que sur la liste Forbes… sur la liste noire !
Source : Techcrunch




