De la hype aux hype(r)marchés – Voyage express dans l’illusion techno

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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De la hype aux hype(r)marchés – Voyage express dans l’illusion techno

Dans la grande roue technologique, à chaque tour son illusion. Anthropic qui prépare une IPO à faire rougir les spéculateurs (ici pour les chiffres, l’écume et les promesses), Meta qui parade avec Vibes pour générer la vidéo par IA à la chaîne (jetez-vous sur ce lien pour l’interminable hype), et Spotify Wrapped qui confond viralité et révolution sociale (données à volonté par ici) : tout le monde rêve de capturer votre attention… ou au moins votre portefeuille. À chaque innovation, c’est la même promesse, sous anesthésie générale : donner à l’humain plus de contrôle, tout en tissant en coulisse une toile d’engagement algorithmique où la liberté se mesure en likes et en abonnements.

Ce n’est sans doute pas un hasard si la modélisation financière entre elle aussi dans la danse des pseudo-révolutions avec Meridian (ici la boîte noire se veut transparente, écoutez la promesse !). De l’IA qui coupe le montage et la pénibilité du tableur – Quick Cut d’Adobe (par ici les cuts à la chaîne) promet d’alléger la timeline là où Meridian rêve de liquider la corvée de la modélisation – à chaque secteur son prodige qui exfiltre le “sale boulot”. Mais à force de vouloir automatiser la galère, ne fabrique-t-on pas des outils qui transmutent chaque compétence humaine en prompt, chaque expertise en abonnement premium ?

Derrière les paillettes, la lutte est brutale : la rentabilité de l’IA — à la fois variable d’ajustement et fantasme à Wall Street — est le fil rouge de cet écosystème où la souveraineté devient le mot magique. Anthropic choisit de ne pas acheter des racks vides, Vibes rêve d’un univers vidéo cloisonné façon silo algorithmique, tandis que les startups de la mobilité, menées cette semaine par Rivian, orchestrent leur “grand retour” à chaque annonce SUV-électrique (ici les roues sont libres, mais pas les cerveaux). Tout est affaire de calcul intensif, de partage ou non des moyens, de promesses de transparence… ou pas. L’hypermodernité, version IA, c’est finalement le retour du vieux monde : ceux qui savent tirer parti des boîtes noires, les autres condamnés à les admirer en spectateurs payants.

Sous le vernis de l’intelligence artificielle, l’humain reste l’algorithme le plus imprévisible et le plus monétisable du système.

La question du contrôle est partout : Meridian prétend tout auditer (à la virgule près), Spotify Wrapped recentre sur la narration humaine quand les utilisateurs réclament un supplément d’âme, Meta tentant de briser TikTok à coups d’IA génératrice payante. Et pendant que Quick Cut promet la fin de la galère créative, les vieux réflexes refont surface : segmentation entre le créateur pro et le novice, intensification de la bulle communautaire, annulation inverse de la “magie” par le biais absurde du feed. Est-ce que ces mécaniques, de la Bourse à la vidéo, de la mobilité au streaming, ne cachent pas le vrai enjeu : maintenir l’illusion que la technologie œuvre pour tous alors qu’elle reconfigure, à coups de dashboards et d’algorithmes verrouillés, la hiérarchie des privilèges d’expression et — surtout — de monétisation ?

Au rythme de l’innovation tout azimut, nous assistons à la ruée vers l’or 2.0 : les orpailleurs s’appellent Anthropic, Meta, Adobe ou Rivian, les mines sont logicielles, les pioches sont des prompts, et les pépites… toujours vos données et votre “engagement”. Hier le monde était une scène, aujourd’hui il est une timeline : à chacun de choisir s’il préfère être acteur, figurant, ou spectateur d’une création qui lui échappe de plus en plus — tout en lui laissant croire, paradoxalement, qu’il la maîtrise au doigt et à l’œil.

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