De la nostalgie des CD à l’avènement de l’IA : la nouvelle grande illusion technologique

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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De la nostalgie des CD à l’avènement de l’IA : la nouvelle grande illusion technologique

Le monde de la tech joue dangereusement à la poupée russe : une couche vintage, une couche d’IA, une couche d’éthique froissée et, tout au fond, un petit circuit imprimé qui vous murmure « Big Brother is watching… en 8K, stéréo, et paré pour le métavers ». L’époque où les CD prenaient la poussière semble déjà lointaine ; les voici qui ressuscitent, alors même que les robots humanoïdes de Meta s’apprêtent à venir la passer, la poussière… Pendant que la Génération Z redécouvre l’objet et la friction, notre identité numérique se diffracte et s’agrège au gré des IA secrètes, à la Nyne, et de plateformes qui embauchent plus de bots que d’humains.

Nostalgiques des CD ou adeptes du quantified self, nous voilà placés devant un paradoxe magistral : on exulte de pouvoir choisir une pochette carton entre deux stories Instagram, mais on confie sans sourciller sa santé – et ses données vitales – à un bracelet Whoop qui surveille jusqu’à nos interstices biologiques. Le tout dans l’espoir qu’une IA, cette grande prêtresse omniprésente, transforme nos sueurs et rushes d’adrénaline en notifications rassurantes sur notre belle longévité – pourvu que la FDA ne s’en mêle pas trop vite. Mais à qui appartient la « vraie » donnée ? À nous, à l’industriel zélé, ou au prochain leak planqué sur Substack ?

Dans ce grand jeu de la confiance (ou de l’imposture), le théâtre des robots et des IA ne cesse de s’étendre. Que l’on parle des intention louables de Nyne, qui promet de recoudre les fragments épars de nos identités, ou bien de l’engrenage infernal qui pousse les fondateurs – coucou Cluely – à gonfler les chiffres jusqu’à l’absurde, le fil rouge reste le même : qui maîtrise réellement l’information ? La course aux data atteint un niveau stratosphérique lorsque BMW i Ventures investit des centaines de millions dans des IA toujours plus « savantes », dans l’espoir de donner à ses robots plus de flair qu’à notre adolescence Spotify.

Derrière chaque progrès algorithmique, des millions de choix humains… qui finiront toujours quelque part dans une fuite de données ou une bataille de monopoles.

Loin de se contenter de dominer nos salons ou nos garages, la technologie veut aujourd’hui voir le monde comme un immense bac à sable : Roblox rêve d’écraser toute concurrence créative, pendant que la route se peuple de taxis sans humains (merci Uber et Waymo), guidés par Waze et ses voix d’IA pleines de vannes. À l’heure où la voiture connectée promet le pilotage automatique façon Netflix-et-chill (sans la caution des tribunaux), tout, jusqu’à la plus banale navigation, devient enjeu de personnalisation, d’automatisation, de compétition… et d’amnésie sécuritaire, à l’image de la nouvelle boulette made in Substack.

Finalement, ce retour du tangible – le CD qu’on fait tourner, la montre qu’on cache dans la manche – n’est peut-être qu’un effet de balancier face à la dissolution de notre vie réelle dans des flux infinis de données, d’argent, et de storytelling dopé à l’IA. On pense retrouver la maîtrise, on ne fait que changer d’interface : nos albums retrouvent leur forme, mais nos émotions sont déjà brevetées, monétisées, et prêtes à être triturées par un chatbot. À ce rythme, la seule authentique révolution possible sera peut-être celle qui, un beau matin, consistera à souffler la poussière… sur le capteur de notre robot domestique, tout en repensant à ce vieux tube d’Oasis qui passait à la radio.

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