Vous reprendrez bien un peu de progrès… à crédit ?

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Vous reprendrez bien un peu de progrès… à crédit ?

Dans la grande foire aux promesses numériques, rares sont les secteurs à incarner aussi crûment l’ambiguïté de la confiance que la mobilité autonome, qui flirte chaque matin avec nos angoisses collectives. Uber et Waymo se déchirent à Phoenix alors que les normes réglementaires se referment sur leur rêve de taxi sans chauffeur, et que chaque incident – une ambulance bloquée ou des festivités embouteillées – remet salement sur la table la question : jusqu’à quel point sommes-nous prêts à remettre nos vies (et notre sécurité) dans les bras froids de la silicon valley… ou devrais-je dire, du silicium sur roues ?

Cette déconstruction du pacte technologique n’est pas isolée – elle contamine également l’univers jadis doré des “applis à tout faire”. D’Instagram Plus qui monétise nos moindres kliks au paiement numérique en Inde qui rêve d’une IA omnipotente capable de faire passer un milliard de transactions par jour, tout est question de seuil d’acceptabilité. À mesure que nos vies s’automatisent, s’abonnent, se démultiplient en stories, ce n’est jamais qu’une poignée d’acteurs – investisseurs, développeurs, publicitaires et banquiers – qui dictent le tempo, laissant le citoyen lambda claquer la langue, et, bien plus souvent, la carte bancaire.

Mais que dire de ce nouvel eldorado de l’intelligence artificielle ultra-efficiente qui voudrait remplacer la baratinade algorithmique par une avalanche de probabilités froides ? Jev, dernier avatar d’une IA “modeste mais rapide”, promet au codeur de calculer sans causer, d’optimiser la machine plutôt que de séduire l’humain – logique dans un monde où la réalité virtuelle fait fantasmer Autodesk, qui investit des centaines de millions pour que sa prochaine version d’AutoCAD joue les architectes de mondes où bâtiments et objets seront générés à la chaîne par des IA qui comprennent la dynamique – et la dynamique du compte en banque, aussi.

Plus la technologie promet l’inclusion et la simplicité, plus elle exige nos données, nos crédits et, finalement, notre adhésion forcenée à l’innovation pour l’innovation.

De la conscience écologique achetée à coup de crédits carbone chez MacroCycle à la conquête spatiale façon “startup battle” entre NASA et SpaceX où le public sponsorise la nostalgie et le privé fait de l’innovation en orbite, la tech boucle désormais sa boucle : recycler les plastiques, les data, les promesses, et même les ambitions, dans un capitalisme circulaire où rien ne se perd… sauf, parfois, l’intérêt du citoyen, perdu dans la paperasserie numérique d’un prêt Salmon ou les arcanes de l’urbanisme 3D augmenté.

La grande illusion serait de croire que ces révolutions surgissent du néant pour le seul bien commun. Mais de la route bardée de capteurs à Munich où Waymo négocie chaque feu vert avec la bureaucratie allemande, jusqu’au dernier service premium vendu au centime près sur votre smartphone, c’est la même ritournelle : la technologie n’est jamais neutre, elle donne à rêver mais distribue ses bénéfices aussi sélectivement que ses crédits carbone. Peut-être faudrait-il enfin se demander si ce futur automatisé, “inclusif” et 100% “expérience utilisateur”, n’est pas lui-même la meilleure story jamais inventée… par ceux qui écrivent la légende – et l’addition.

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