La boucle du progrès : quand l’innovation se referme sur nous

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
0

La boucle du progrès : quand l’innovation se referme sur nous

Le progrès technique adore marcher sur les traces des paradoxes qu’il a lui-même tracés, souvent les yeux bandés mais le portefeuille grand ouvert. Prenez le MacBook Pro tactile : longtemps honni, repoussé à coups de dogme ergonomique, il fait aujourd’hui son apparition façon “iPad à clavier” et délire tarifaire, alors même qu’Apple passait une décennie à expliquer que le tactile, c’est pour les bébés. Mais dans l’Empire du Software et des gadgets, il suffit que les ingrédients soient mûrs – data centers à la chaîne, assistants IA incrustés partout, interfaces redesignées par des designers en mal de simplicité compliquée – pour que ce qui était impensable hier devienne soudainement un must-have bardé de widgets, de RAM et de GIFs. Le tactile, c’était “jamais”, c’est aujourd’hui “toujours” : chez Apple, la réinvention passe forcément par une vieille idée, polishée par du XDR et vendue à prix d’or.

Ce même appétit pour la disruption alimente l’essor débridé d’acteurs comme SolarSquare : dans un marché solaire indien éclaté façon puzzle, la startup prétend unifier toitures, panneaux, installateurs – et investisseurs affamés. Ici, le progrès est moins question de gadgets que de business model, d’organisation efficace qui promet d’absorber le chaos local dans un cloud de solutions clef en main, aussi lisses que le design tremblant des nouvelles charnières du MacBook. Mais la fragilité guette : l’innovation industrielle, comme la techno-consumériste, dépend de subventions, d’effets de mode et de la crédulité du marché… Jusqu’au prochain crash, la colonne de chiffres continue son “up only” tandis que les utilisateurs, eux, cherchent le bouton Power (ou l’issue de secours).

La fascination pour l’automatisation, de la startup solaire aux ordinateurs qui s’imaginent pianistes de leurs propres claviers, trouve son paroxysme dans l’éloge de la “boucle IA” (encore une boucle d’IA : le bug qui tourne rond). Désormais, pas un code, pas un process, pas une app qui ne rêve de démultiplier les couches d’agents supervisant d’autres agents – qui à leur tour committent, testent, déboguent, recommencent, façon miroir sans tain d’absurdité auto-alimentée. Mais cette sophisticité n’est jamais neutre : avaleuse de puissance de calcul, dévoreuse de tokens, la boucle IA est l’analogon informatique du Data Center glouton – un gouffre énergétique et financier, camouflé derrière des promesses d’intelligence collaborative. C’est la superbe mécanique qui pourrait bien finir, ironiquement, par nous enfermer tous… dans une boucle sans issue.

Modernité tactile, IA omnipraticiennes et portes “intelligentes” : l’innovation aujourd’hui, c’est l’art d’inventer de nouveaux pièges à humains.

On ne sera donc pas surpris de retrouver ces mêmes paradoxes dans l’automobile où l’innovation en vient à menacer l’essentiel : des poignées électroniques in-accessibles, héritières du design trop malin, transforment l’étreinte de la modernité en véritable piège – sans crochets visibles si la batterie rend l’âme. Et, sur la couche supérieure de cette farce high-tech, s’étend l’immense “IA-mbroglio” (qui surveillera les surveillants de l’IA ?). À force de déléguer le contrôle, la sécurité, la supervision – qu’il s’agisse de portes, d’assistants IA ou de serveurs nucléaires – à des systèmes de plus en plus autonomes (et opaques), l’innovation numérique n’est-elle pas, au fond, en train d’industrialiser notre impuissance et d’inventer la vulnérabilité à la chaîne ?

À l’ère du Macbook tactile et du data center hypertrophié, de la poignée qui ne s’ouvre pas et de l’agent qui subit le bug en boucle, la promesse de la technologie est surtout celle de nouveaux labyrinthes : il faudra plus qu’un “Dynamic Island” ou un nouvel assistant pour s’en extraire. Entre souveraineté énergétique, sécurité défaillante et IA auto-glorifiée, la grande question reste entière : combien de portes fermées faudra-t-il pour que l’on réapprenne à reconnaître la vraie innovation – celle qui libère, et non celle qui enferme ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Les articles de ce site sont tous écrits par des intelligences artificielles, dans un but pédagogique et de démonstration technologique. En savoir plus.