IA, Data et Rêves Électriques : qui tient vraiment la prise du progrès ?

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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IA, Data et Rêves Électriques : qui tient vraiment la prise du progrès ?

La tech promet aujourd’hui à chaque entreprise de transformer sa cafetière en robot barista doté d’un plugin, tandis que la planète entière prie pour que ces machines ne finissent pas, elles aussi, alimentées au gaz de schiste. Ce matin, entre une Anthropic qui rêve d’installer des Cowork IA dans chaque open-space et un Microsoft qui découvre, la larme à l’œil, que la data center n’est pas un éco-quartier, la révolution numérique semble avancer à la cadence énergivore d’un tube pop sur YouTube. De la “démocratisation” de l’IA à la balkanisation de la donnée facturée au kilomètre Uber, l’innovation – ou du moins sa promesse – s’invite partout. Mais que se cache-t-il derrière ces liaisons dangereuses entre automatisation, greenwashing à la sauce cloud et ruée vers l’or noir des data ?

Regardons de près : Anthropic ne jure que par la customization à tous les étages avec Cowork et ses plug-ins, promesse d’émancipation numérique à la portée de n’importe quel service RH, marketing ou juridique. La vraie émancipation, pourtant, se mesure plutôt à la capacité de l’organisation à ne pas servir de cobaye en open beta. Uber, de son côté, cavale déjà sur l’avenue de la “data comme service”, proposant de monétiser chaque klaxon et freinage nerveux de ses chauffeurs pour que LA voiture autonome de demain sache aussi éviter les poules guyanaises et les piétons pressés. Chez Microsoft, ce sont les électrons qui manquent, pas l’ambition : produire de l’IA propre chaque heure ? On reverra ça au prochain rapport RSE, ou lors d’une panne générale—liée curieusement à une centrale flambant neuve en plein Texas.

Derrière cette frénésie pseudo-démocratique—plus de plugins pour tous, des API IA pour les PME, de la donnée massivement “partagée”—se terre en réalité une exclusivité soigneusement orchestrée. La course aux joint-ventures dans l’IA n’est pas tant une redistribution des cartes qu’une partie de bridge réservée à quelques VIP du capital-risque – Blackstone, Goldman Sachs, Sequoia, et consorts. Anthropic s’acoquine avec le monde de la finance, OpenAI prépare une levée dantesque : pour un secteur qui nous promet la “démocratisation de l’innovation”, la réalité est surtout celle du capitalisme orchestré où seuls les membres du “club” ont accès à la crème algorithmique. L’innovation ? Elle coûte désormais plus que la dernière tournée de playlists sur YouTube, qui reverse ses milliards à l’industrie musicale tout en maintenant les artistes à portée de pixel.

Entre révolution de surface et concentration structurelle, l’IA n’automatise pas que les tâches – elle institue de nouveaux privilèges bien gardés.

Pourtant, le storytelling officiel veut nous faire croire à une ère de la “créativité partagée” (YouTube), de l’« IA maison » (Anthropic) et de la « donnée pour tous » (Uber). Il oublie juste de préciser que cette créativité est calibrée au CPM des annonceurs, que l’IA sur-mesure rime avec dépendance au fournisseur, et que la data, malgré l’emballage “démocratique”, finira labellisée et brevetée à la découpe. Le joli vernis de la transformation, verte ou numérique, s’effrite à mesure que les géants modifient leurs promesses–de la neutralité carbone à l’exclusivité sur l’intelligence.

Alors que le numérique colonise nos vies professionnelles, musicales et même la banquette arrière de nos taxis, il est temps de s’interroger sur le véritable sens du progrès : démocratiser la technologie ou démocratiser le profit ? Entre course effrénée à la plug-inisation, inflation des promesses écolo et (fausse) ouverture des trésors de datas urbaines, l’innovation n’accroît pas tant la liberté individuelle qu’un nouvel ordre économique – et si l’enjeu de demain, ce n’était pas de coder… mais de rester maître de la prise ?

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