Fuite(s) dans la Matrice : Quand la Tech n’arrive plus à colmater ses propres failles

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Fuite(s) dans la Matrice : Quand la Tech n’arrive plus à colmater ses propres failles

Les anneaux connectés qui surveillent notre sommeil, les serveurs géants où baigne la donnée, les sonnettes qui babillent d’intelligence artificielle et les puces traçables à la nanoseconde : la Tech, décidément, ne sait plus choisir entre paranoïa bien huilée, utopie marchande et dystopie de bon ton. D’un côté, Oura rêve d’entrer en bourse tout en jurant amour indéfectible à la vie privée de nos micro-siestes (lire l’article), de l’autre Nvidia trace chaque calcul pour empêcher ses précieuses puces de filer, en douce, au plus offrant (en savoir plus). Il n’y a décidément plus d’opposition entre l’obsession sécuritaire et l’appétit de débat éthique : tout s’emmêle et tout se vend.

C’est sans doute cette confusion qui fait que l’eau – élément jadis banal – se mue en enjeu digital. La fuite dans les data centers dont raffole MayimFlow rappelle qu’avant d’assécher nos libertés, la Tech asséchera le globe pour alimenter le grand banquet algorithmique. On veut la traçabilité des semi-conducteurs, la pureté des datas, le refroidissement des serveurs et, pourquoi pas, l’étanchéité des poches – surtout celles du board d’Oura, en plein dilemme entre éthique sanitaire et ambitions IPO. La donnée, la soif, le profit : cocktail explosif qui donne la gueule de bois au citoyen lambda.

Mais que faire face à cette décrue de la confiance ? On installe une sonnette Amazon, pardi, qui parlera pour nous entre deux livraisons de sushi sous algorithme Alexa (ici). Votre porte n’est plus une frontière physique mais un middleware semi-privateur : l’IA arbitre qui mérite d’accès, le tout sous l’œil de capteurs, de caméras et de « mouchards » toujours plus bavards. « Greetings », vraiment ? Les nouvelles technologies réinventent la commère du quartier, mais à l’échelle du cloud et avec abonnement premium. Chaque interaction humaine est ainsi filtrée, scorée : bienvenue dans la société du tri algorithmique, toi tu passes, toi tu attends dehors, toi… tu seras requalifié.

L’hyper-connexion promet le contrôle, mais c’est surtout l’instabilité, la soif et la défiance qui suintent du silicium à la porte d’entrée.

L’idéal d’une Tech propre, inclusive et responsable s’évapore en même temps que l’eau des data centers ; à moins qu’on ne l’évapore à dessein, pour justifier la prochaine levée de fonds ou l’argument-baudruche d’une « sécurité accrue ». La bague Oura protège-t-elle vraiment nos nuits ou prépare-t-elle la prochaine vague de monétisation health-tech ? Nvidia verrouille ses puces pour défendre les intérêts nationaux, mais ouvre sans cesse de nouveaux débats sur la surveillance d’État et la contrebande adaptée à l’ère logicielle. Quant à Amazon, il saupoudre la vie quotidienne d’une IA rassurante, tout en entraînant les glandes lacrymales de notre intimité numérique.

Tout cela n’a rien d’anodin : il ne s’agit plus de choisir entre sécurité et liberté ou de hiérarchiser stérilement efficacité, sobriété et rentabilité. La question, désormais, c’est de savoir si, à force de vouloir tout détecter, tracer, monétiser et segmenter, on ne finit pas par fissurer un peu plus le fragile équilibre entre nos vies (parfois irrémédiablement fuyardes) et les promesses toujours plus opaques de la grande machinerie Tech. La fuite – d’idées, de données, d’eau ou de confiance – est peut-être le réel vecteur d’innovation de ce nouveau cycle numérique. Mais gare à ne pas finir noyés dans nos propres dispositifs.

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