L’odeur de l’innovation flotte dans l’air : des cubes roulants tapissés de pseudo-spa roulent sans chauffeur pendant que les artistes défendent leur maigre miette d’humanité contre une marée d’IA en roue libre. Où donc s’arrête la révolution technique et où commence la grande illusion, celle qui ferait du confort passager une nouvelle norme, et du remix musical humain une résistance désespérée aux pipelines d’algorithmes ? Du taxi Zoox sans volant aux memes piratés de KC Green, c’est toute la tech qui cherche sa place dans le cockpit… qui, visiblement, n’existe plus.
Dans cet univers autopiloté, on applaudit la disparition du conducteur, mais, mince, qui décide de la destination ? Réponse : le régulateur, éternel chef d’orchestre malmené qui hésite entre siffler la fin de la récré pour Zoox à Las Vegas ou laisser Uber s’enticher d’une IA maison, espérant que la magie opérera enfin, à condition de prier le code de la route fédéral. Mais la même prudence (hypocrisie ?) guide la musique : Deezer défend son Remix Lab avec un paternalisme presque attendrissant, jurant que seuls les humains méritent de manipuler le tempo de Céline Dion, tandis qu’autour, la playlist mondiale gonfle de remix façon soupe générative.
Même ailleurs et partout, la technologie, elle, n’attend pas : l’IA soulève des montagnes d’argent (cf. Cursor, ses 50 milliards de dollars et ses recettes magiques jamais vraiment détaillées), ou celle qui tente de conquérir le globe, à l’image d’Anthropic et ses modèles Mythos enfin “libérés” du joug administratif américain, mais pour qui ? Pour des actionnaires et des États toujours plus avides de contrôler la circulation de l’intelligence et des datas, et prompt à interdire, déclassifier, reconditionner selon la géopolitique du moment.
À force de produire des intelligences génératives ou des taxis pilotés à distance, qui pilote vraiment ? L’humain, l’algorithme ou la paperasserie réglementaire ?
Dans ce joyeux chaos, une constante : la tension créative entre utilisateur, producteur et machine, entre sanctuarisation du copyright façon Deezer ou guerre de tranchées autour du mème “This is fine”, recyclé sans vergogne par des start-ups “innovantes”. Pendant ce temps, la sphère tech recycle elle-même ses héros — RJ Scaringe, pivotant de l’électrique au tout-IA, VRP d’une époque où l’on lève des milliards sans toujours réussir à compiler sa croissance sur le long terme. Mais l’appétit reste intact, qu’importent les chutes boursières ou les procès pour espionnage dignes d’un NSO Group en cavale contre WhatsApp.
Sous ses dehors high-tech, la société digitale nous rejoue la vieille comédie humaine : innovation spectaculaire, résistance du droit, nouvelle frontière entre le vol artistique et le progrès, tout ça sur la scène grandiose d’une administration qui rêve de gouverner ce qu’elle peine à comprendre. Demain, on réinventera encore le taxi, la musique, le code, et même la surveillance : mais faudra-t-il, pour embarquer, un passeport biométrique ou un ticket d’entrée dans la cage aux gaffam ?




