Vous pensiez que les chiffres étaient le dernier bastion de la véracité dans un monde d’illusions numériques ? Raté, camarades ! Entre startups d’IA qui cousent l’ARR à la va-vite, plateformes qui recyclent vos datas émotionnelles, et retail géants qui laissent vos coordonnées en slip sur Google, la réalité digitale vire à la farce – et pas toujours la meilleure du stand-up de l’IA. Il faut croire qu’avec OpenAI qui rameute 900 millions d’utilisateurs, on a trouvé plus contagieux qu’une pandémie : comment résister à l’appel de la métrique gonflée et des promesses en toc ?
On pourrait se dire, en bons naïfs, qu’au moins nos précieuses données sont à l’abri dans le giron douillet du cloud. Mais c’est sans compter sur la vigilance bien molle des géants du retail, qui perfectionnent l’art tragique de la brèche à ciel ouvert, et sur celui – nettement plus pervers – des opérateurs télécoms dont les failles SS7 restent le buffet à volonté du cyberespion. Qu’il s’agisse du commerçant ou du réseau, partout la même chanson : la sécurité serre la main à la négligence, sous la lumière vacillante d’un lampadaire réglementaire jamais très regardant.
Parallèlement, l’ego-connecté prend sa revanche. Pourquoi s’émouvoir qu’on soit tous espionnés, quand chaque app nous propose désormais son “wrapped” personnalisé, son récapitulatif audio, littéraire, sportif – bref, tout pour alimenter la moulinette algorithmique de notre narcissisme ? Spotify et la bande des plateformes ont bien compris que rien ne vaut l’autobiographie algorithmique pour occuper nos terminaisons nerveuses pendant que nos données valsent de serveurs en brokers.
Les chiffres sont élastiques, les données volent, l’identité se construit entre deux scrolls : voilà le vrai capitalisme du XXIe siècle.
Un air de déjà-vu ? Demandez à HQ Trivia et à son animateur déchu, qui réinvente la roue de la viralité tout en évitant cette fois les fonds de capital-risque – prudence post-traumatique, à l’ère où même ChatGPT monétise l’empathie sur abonnement. Derrière la ruée vers les chiffres (réels ou fictionnels), une constante : la croissance, qu’elle soit de l’utilisateur ou du GPU, est plus addictive que la dopamine du scroll. Il n’a jamais été aussi facile – ni aussi risqué – de réussir sur le dos de métriques qui ne veulent plus rien dire.
La grande mascarade technologique bat son plein. Les écoles du “fake it till you make it”, la paresse réglementaire des mastodontes du Web, la course à l’ego métrique et la compétition absurde pour celui qui bluffera ou grindera le plus ses datas dressent le tableau d’une époque où l’illusion a remplacé l’utopie. Si notre époque devait écrire son propre “Wrapped”, il tiendrait en trois lettres : FUD (Fear, Uncertainty, Doubt)… mais toujours avec le sourire et le bouton “Like” prêt à dégainer.




