L’intelligence artificielle, ce grand imitateur à la créativité suspecte, semble désormais s’encanailler à tous les étages de notre vie numérique : tantôt archéologue indélicate qui exhume les voix des disparus, tantôt assistant personnalisé, prodigue en intonations dignes d’un one-man-show shakespearien dans Siri sur-mesure, ou juge et partie dans des feux judiciaires où les frontières entre mimétisme et larcin vocal s’émoussent (Micro-Crime ou Micro-Mimétisme). Dans ce chœur polyphonique, plus personne ne sait vraiment à qui appartient la voix qui résonne – la sienne, celle d’un mort, d’une star ou d’un algorithme facétieux.
Cet emballement vocal s’inscrit dans une course effrénée à l’innovation où le mimétisme devient norme – et l’originalité, l’exception. ServiceNow jongle avec des accords à la chaîne pour assurer sa souveraineté sur le marché morcelé des IA d’entreprise (voir ServiceNow & diversification), tandis que LiteLLM, obsédé par l’apparence de sécurité, découvre que la certification est, parfois, un tampon sur une passoire (Certif’ ou Cer-tifou). L’IA avance donc masquée, trop souvent drapée de promesses plus qu’enracinée dans la vérité. Mais qu’importe l’authenticité : ce qui compte, c’est d’arpenter le bal masqué des fonds familials et des startups dont les levées de fonds s’illustrent plus vite qu’un caniche sur Instagram (Family Offices).
Au centre du cyclone, l’éternelle question des bulles : celle de l’IA gonfle, remplie de dollars et de récits d’avenir radieux, flirtant avec le gonflement pathologique à la sauce années 2000 (La bulle de l’IA). Les entrepreneurs pur-sang comme Bhavin Turakhia, injectant des millions dans l’innovation maison avec Neo (Neo, ça Turakhia fort !), préfèrent jouer solo, méprisant les rustines sur logiciels « legacy » pour miser sur une révolution du bureau à partir d’une feuille blanche. Partout, la frontière est ténue : entre révolution promise et écran de fumée marketing, comme chez Golden Child qui prétend réinventer la gamelle du chien… à prix d’or liquéfié.
La vraie prouesse de l’IA aujourd’hui : confondre virtuosité technologique et virtuosité marketing, au point que même le chien ne reconnaît plus la voix de son maître, ni la saveur de sa croquette.
Derrière cette cacophonie savamment orchestrée, la société découvre à ses dépens que plastifier la confiance avec des tampons normés ou des voix surnuméraires ne protège ni contre le vol, ni contre l’usurpation de l’identité (et certainement pas contre l’effondrement d’une bulle spéculative). Les investisseurs, eux, n’ont cure de savoir si la voix de notre pilote disparu ou du podcasteur vedette circule via ChatGPT, Google ou Apple – ils investissent dans une promesse de rentabilité dont la seule garantie est qu’elle change de propriétaire plus vite que Siri ne change de ton.
Ainsi, tandis que la technologie découpe en dés nos intimités vocales, nos habitudes alimentaires ou notre confiance dans les marques, la seule certitude est que nous n’avons que l’embarras du choix du narrateur : IA sincère, startup pipeauteuse, ou investisseur familial réincarné en orfèvre de la personnalisation. Les acteurs de cette tragédie-comédie numérisée joueront encore tous les rôles possibles, jusqu’à ce que la bulle éclate vraiment – ou qu’on leur retire le micro.




